Découvrez le fossé narratif de Robert Mckee


écriture / mardi, novembre 19th, 2019

Il n’y a pas longtemps, je lisais Story de Robert Mckee et je suis tombé sur un concept narratif très intéressant: le fossé narratif.

Alors, je vous rassure, je ne vais pas vous parler de trou dans la chaussée.

Je vais plutôt vous transmettre une technique pour doper votre intrigue.

L’idée, c’est de remanier à une scène plate du genre:

Un traître menace la sécurité de la base spatiale de John. Ce dernier a de forts soupçons sur Patrick de la compta. Il le confronte et celui-ci avoue immédiatement.

En soi, cette scène pourrait fonctionner mais elle pourrait être améliorée.

Je vous explique comment.

Le fossé narratif: qu’est-ce que c’est?

La définition du fossé narratif de Robert mcKee
Photo de Braydon Anderson

Selon Robert Mckee dans Story, lors de l’élément déclencheur, un événement va venir perturber la vie du protagoniste.

Par exemple, le héros peut perdre son travail, un objet, rencontrer une personne, être attaqué etc…

Ce dernier va alors chercher à retrouver son équilibre initial. Pour ce faire, il va mettre en oeuvre une action qui va provoquer une réaction inattendue et l’éloigner encore plus de son objectif. C’est ce qu’on appelle le fossé narratif.

Ainsi, si je reprends mon illustration:

Un traître menace la sécurité de la base spatiale de John. Ce dernier a de forts soupçons sur Patrick de la compta. Il le confronte dans son bureau et celui-ci lui avoue ….qu’il couche avec sa femme.

John s’attendait à ce que Patrick avoue qu’il soit le traître (objectif initial et recherche d’équilibre). À la place, il lui confesse qu’il est l’amant de son épouse (réaction inattendue).

Non seulement John n’a pas résolu son premier problème mais il se retrouve avec une nouvelle difficulté à gérer: le désamour de sa femme.

Ainsi, le fossé narratif enrichit l’intrigue en jouant sur le décalage entre les attentes du protagoniste et la réalité.

D’ailleurs, ça ne vous rappelle pas quelque chose? Vous savez, ce moment où vous rencontrez une personne attirante. Vous arrivez à obtenir un premier rendez-vous. Vous vous faites tout un film. Arrive le jour j. Et paf! La personne veut le numéro de votre meilleure copine!

La vie est faite de fossés narratifs.

Ce procédé rend votre histoire plus vraisemblable mais aussi plus intéressante car il joue sur la psyché des personnages.

Les fossés narratifs et la psyché

Photo illustrant la psyché. Celle-ci étant impactée pas les fossés narratifs
Photo de Josh Riemer

Dans mon article sur l’écriture d’un roman, je vous expliquais que le héros pouvait avoir un problème interne. Une sorte de défaut de caractère qu’il doit résoudre pour accomplir sa destinée.

Par exemple, dans Pretty Woman, Vivian et Edward ont tout deux un défaut majeur: ils sont désabusés par la vie.

Et bien devinez quoi?

C’est justement parce qu’un personnage fait tout pour ne pas régler son problème interne qu’il lui arrive des fossés narratifs!

En effet, selon Mckee, au début de l’intrigue, le protagoniste va mettre en oeuvre une action minimale pour régler un chamboulement dans sa vie.

Cependant, cette action minimale entraînera une réaction inattendue qui va compliquer encore plus la vie du protagoniste (un fossé narratif) .

Prenons un exemple.

Lors d’un trou noir, un capitaine décide de tenter une manoeuvre d’évitement au lieu de sacrifier une partie du vaisseau, car il refuse d’abîmer le croiseur de son père, décédé lors de son départ. Malheureusement, la tentative échoue et le croiseur se rapproche du vortex, empêchant l’utilisation des navettes de sauvetage.

On retrouve ici les éléments du fossé narratif:

  • un héros face à un problème externe (le trou noir)
  • qui préfère employer une action minimale (la manoeuvre)
  • au lieu de faire face à son défaut interne (le deuil de son père)
  • cette action minimale provoque un effet inattendu qui empire la situation et le force à revoir ses plans (la perte de possibilité d’utiliser les navettes)

Une fois, le premier fossé narratif franchi, le protagoniste va tenter une deuxième action plus risquée qui l’oblige à affronter un peu plus son défaut interne. Bien entendu, ça ne va pas marcher et cela va provoquer un deuxième fossé narratif.

L’histoire va ainsi progresser de fossé narratif en fossé narratif, obligeant le héros à faire face de plus en plus à son problème interne, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’échappatoire (climax). Soit il le règle, soit il échoue dans son objectif.

Voilà! C’est tout pour aujourd’hui. J’espère que cet article vous aura plu. Je vous dis à bientôt pour un nouvel article!

Photo de couverture: Valentin Lacoste.

Vous voulez m’éviter un fossé narratif? Mettez-moi un petit commentaire ou un partage en cliquant sur les petits réseaux sociaux 🙂

4 réponses à « Découvrez le fossé narratif de Robert Mckee »

  1. Bonjour,
    Est-ce le même procédé qui est en jeu quand l’action va dans la bonne direction mais beaucoup trop loin ? Par exemple, un architecte veut détruire un immeuble pour en construire un autre, mais c’est tout un pâté de maison qui s’effondre. Ou l’immeuble est détruit mais révèle une doline qui s’effondre et rend le terrain inutilisable.
    J’ai un autre exemple : quand le premier objectif est réalisé mais rend le deuxième inaccessible. Par exemple, pour mon architecte, la destruction de l’immeuble met à jour un site archéologique majeur qui rend la construction de l’immeuble impossible.

    Je me demandais si ces deux façons découle du fossé narratif.

    1. Salut Laurent,

      Très intéressante question. Alors, oui, ça peut être un fossé narratif si l’action va trop loin. Dans ce cas, ça voudra sûrement dire que son problème interne est en train d’empirer ou que le personnage à trouver un début de solution, et prend trop confiance en ses capacités, il va alors se rendre progressivement compte qu’il doit trouver la solution exacte à son problème.

      Si ce n’est pas le cas, ça sera probablement parce que son problème interne est d’être excessif ou encore qu’il a tendance à se faire influencer par une personne dans la mauvaise direction.

      Par exemple, dans Haut-Royaume, Le combat de Lorn contre le prince de Garn pour récupérer son amour et son aboutissement pourrait être vu comme un exemple de fossé narratif excessif.

      autre exemple, dans star wars, Anaking doit arrêter le comte Doku, il finit par l’arrêter (positif) mais le décapite (excessif). D’un point de vue interne, ce sera un échec complet pour lui (il a commencé à céder au côté obscur).

      Pour ta deuxième question, je dirais que c’est une conséquence du fossé narratif. Chaque fossé dirige le personnage vers une situation de plus en plus irrévocable. Les fossés ferment des portes jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un choix au personnage au moment du climax.

  2. Un billet très utile, merci !

    J’ajouterais qu’un procédé de ce genre s’arrime naturellement aux mécanismes du suspense: en déjouant les attentes, l’auteur engendre une situation d’incertitude qui amène le lecteur à craindre pour l’avenir immédiat des personnages, une situation qui peut être exploitée pour générer un maximum de suspense.

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