Auteur versus déni narratif: que le meilleur gagne!


écriture / lundi, mai 14th, 2018

Bonjour à tous! Avez-vous déjà lu ou vu des histoires dans lesquelles vous ne croyez pas à la mort d’un personnage? Si c’est le cas, vous souffrez probablement de déni narratif. Est-ce grave docteur? Pas du tout! C’est un processus normal pour un lecteur qui fait face à une histoire prévisible ou bancale.  En revanche, si vous êtes auteur, vous devez éviter à tout prix ce sentiment chez le lecteur.

Pour ce faire, je vous donne dans la suite de cet article les éléments pour reconnaître et mettre fin au déni narratif.

C’est parti mon kiki!

 

L’identification du déni narratif par l’auteur

l'auteur face au déni narratif
Photo de Wil Stewart sur Unsplash

Pour éviter le déni narratif, l’auteur doit apprendre à le reconnaître. On pourrait définir le déni narratif par le refus par le lecteur de tout événement qui meurtrirait définitivement et irrémédiablement un personnage de l’histoire.

Ce phénomène s’explique par deux choses:

  • l’attachement émotionnel à un personnage (bien)
  • la tendance de certains auteurs à revenir sur des événements irréversibles (pas bien)

Par exemple, dans Games of Thrones, quand un certain personnage se fait couper la main, j’ai refusé de le croire et je me suis dit que les scénaristes allaient trouver un moyen de la rattacher….pas de chance pour moi, j’avais oublié qu’on était dans Game of Thrones.

Maintenant, que vous cernez un peu mieux le déni narratif, laissez-moi vous exposer pourquoi il vaut mieux l’éviter.

Pourquoi un auteur doit éviter le déni narratif

l'auteur face au déni narratif
Photo de Cherry Laithang sur Unsplash

Il est important de ne pas susciter le déni narratif car si votre lecteur ne croit pas à un événement, il vous sera impossible d’exploiter émotionnellement ce dernier au maximum.

Concrètement, cela veut dire que si vous faites mourir un personnage et que votre lecteur se dit « ouais, il va revenir… », vous n’aurez jamais le plaisir de voir la figure décomposée de votre lectorat devant la mort de Jean Neige le héros de votre saga fantasy.

Si c’est compris, je vous explique comment un auteur peut se protéger du déni narratif sans sortir un crucifix et crier vade retro satanas.

Le secret des auteurs qui ont vaincu le déni narratif

l'auteur face au déni narratif
Photo de Kristina Flour sur Unsplash

Il existe une formule simple qu’un auteur peut utiliser pour éviter le déni: le deuil narratif.

Ce dernier consiste à accompagner le lecteur avant, pendant et après le drame . Concrètement, ce deuil consiste en trois phases:

  • disséminer tout au long du roman des indices qui vont mener à un événement funeste (phase de préparation)
  • écarter toute ambiguïté quant au sort du protagoniste lors de l’événement funeste (phase de paiement)
  • présenter les conséquences de cet événement, et surtout montrer que les choses ne pourront redevenir comme avant (phase de résolution)

Bref, l’accompagnement du lecteur par l’auteur est primordial pour faire accepter des éléments tragiques. Parfois, cependant, il pourra être intéressant de laisser un doute aux lecteurs sur le sort d’un personnage.

L’auteur, le déni narratif et le doute

l'auteur face au déni narratif
Photo de bruce mars sur Unsplash

La frontière entre le doute et le déni narratif est mince. La différence entre les deux se situe au niveau de l’espoir. Dans le cas du déni, le lecteur est persuadé que l’auteur le trompe et va réparer d’une manière ou d’une autre l’événement terrible arrivant au personnage. Alors que dans le cas du doute, le lecteur n’a aucune certitude sur le sort du personnage, il craint pour son intégrité, ce qui crée de la tension dramatique.

En résumé, dans le doute le lecteur croit en l’histoire racontée par l’auteur tandis que dans le déni il n’y croit plus.

Un bon moyen de lutter contre le déni narratif est donc de le transformer en doute. C’est un peu plus casse-gueule que la méthode de l’accompagnement mais il s’agit d’une excellente méthode car elle génère de la tension dramatique. Le lecteur cherchant à avoir la réponse à cette question: le personnage va t’il s’en sortir?

Pour ce faire, un bon moyen consiste à placer dans le récit un moment similaire où on sacrifiera un personnage suffisamment caractérisé. Concrètement, cela signifie que l’auteur va tuer/mutiler un perso, avec ou sans cérémonial , sans se soucier du déni narratif, pour faire comprendre que le danger est bien réel pour un événement futur.

En conclusion, pour éviter le déni narratif, un auteur dispose de deux méthodes: l’accompagnement et le doute. S’il souhaite mettre fin à la vie d’un personnage, l’écrivain utilisera plutôt l’accompagnement. S’il souhaite créer une ambiguïté sur le sort d’une personne, l’auteur recourra plutôt au doute. Les deux méthodes étant bien sûr cumulables au sein d’un même récit.

 

Cet article s’achève ici. S’il vous a plu, un petit commentaire ou un partage sur les réseaux sociaux me ferait très plaisir.

Bonne journée et à bientôt!

Image mise en avant: photo de Hermes Rivera sur Unsplash

 

 

 

 

 

6 réponses à « Auteur versus déni narratif: que le meilleur gagne! »

  1. Je n’ai pas grand-chose à dire et certainement pas à redire. Je me régale avec vos articles. Une fois de plus ce post était très intéressant et m’aide à faire la lumière sur des processus employés ou vécus sans même le savoir. Merci

    1. ça me fait très plaisir de lire ton commentaire Sélène Derose. C’est exactement la mission que je me suis confié: faire des articles qui intéressent et aident les gens 🙂

  2. C’est vraiment très intriguant et ça me fait beaucoup réfléchir sur ce que j’écris en ce moment. J’avais jamais pensé à ce déni narratif… C’est là que je me dis que j’ai encore beaucoup à apprendre…

    1. Et bien moi non plus jusqu’à avengers infinity war. Ensuite, je me suis rendu compte que c’était une idée qui trottait dans ma tête depuis un bout de temps.J’ai suivi le fil de ma pensée, essayé de décomposer les choses et paf j’ai réalisé cette théorie que je me suis empressé de noter sur le blog…Content que ça t’aies plu ^^

  3. Eh bien, merci pour cet article, car je n’avais jamais entendu nommer ce phénomène. Et pourtant, je l’ai bien vécu en tant que lectrice. Je me souviens d’avoir été plongée dans ce scepticisme total à la « mort » (et si j’utilise encore des guillemets, ce n’est pas pour rien !) de Sirius dans « Harry Potter ». L’information ne voulait pas s’imprimer dans mon cerveau. Je voyais Harry piquer sa crise, et je n’arrivais qu’à penser « Mais ce n’est qu’une énorme blague, eh ho, on se calme et on respire : il va revenir ». Et j’ai attendu le retour de Sirius depuis lors. En vain, évidemment. Ne le voyant pas revenir, et l’hypothèse de son retour n’étant même pas évoquée, j’en ai donc conclu que sa mort avait été extrêmement mal amenée et peu crédible (toutes mes excuses à Mme Rowling contre laquelle je n’ai aucune animosité par ailleurs).

    C’est vous qui avez forgé ce terme de « déni narratif », ou bien avez-vous lu une définition de ce concept quelque part ? Franchement, il mériterait d’être exploré davantage, et d’autant plus dans les cercles littéraires francophones dans laquelle la technique est tout et on réserve l’attention aux réactions émotionnelles du lectorat aux considérations commerciales de ce qui est chez nous estampillé « sous-littérature ». C’est dommage, parce que finalement on passe à côté de tout un tas de questionnements intéressants (qu’on pourrait presque mesurer scientifiquement) sur l’impact de la littérature et de son interaction psychologique avec les lectrices et lecteurs.

    On a du mal avec les questions de réception, en France. Soit on a un auteur qui exerce une autorité absolue sur son texte et dicte tout, soit on assassine cette figure totalitaire tyrannique pour instaurer une anarchie totale du lectorat qui a le droit d’imaginer ce qu’il veut au mépris de toute vraisemblance historique (oui, je parle bien de « la Mort de l’Auteur » des amis Foucault et Barthes). Il n’y a pas d’entre-deux, pas de nuance. Au mieux, on imagine une entité désincarnée appelée « le Lecteur », qui est censé réagir et comprendre sa lecture partout de la même façon, une sorte de subjectivité générique pavlovienne que l’auteur est censé connaître comme sa poche. Or, plus je fais lire des textes de mon cru, en connaissant mes propres intentions auctoriales, plus je suis médusée de la diversité des réactions inattendues, et plus je suis incapable de savoir quelle va être « la » réaction « du » Lecteur (…sachant qu’il est rarement question de « la » Lectrice, n’est-ce pas ?).

    Bref, ce serait intéressant d’aller demander à différents lecteurs et différentes lectrices quelles ont été leurs expériences de déni narratif, dans quels livres, quelles situations, comment et pourquoi, etc. Ce serait un bon début pour commencer à dessiner une cartographie de ce qui « marche » ou pas, et avec qui, et comment, en cas de mort ou de mutilation de telle ou telle forme de personnage ou de n’importe quel deuil fictionnel à faire…

    1. Merci Moony pour cet énorme commentaire 🙂

      Pour répondre à votre question, c’est moi qui est choisi d’appeler ce phénomène le « déni narratif ». Je dois avouer que je n’ai rien lu sur le sujet auparavant, cet article est le résultat de mes analyses d’oeuvres (livres, cinéma, manga etc). Ce phénomène a peut-être été traité par d’autres blogueurs/essayistes mais je ne pourrais pas vous dire lesquels.

      Bonne journée!

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