Comment écrire un conte?


écriture / vendredi, février 23rd, 2018

Bonjour à tous ! Aujourd’hui, je vais vous expliquer comment écrire un conte.

A l’origine un récit oral, le conte constitue un récit d’apprentissage s’interrogeant sur la société au travers du fantastique ou du merveilleux. Ce type de récit a été popularisé par des auteurs comme Charles Perrault, les frères Grimm, Voltaire ou encore Maupassant.

Le conte reste populaire encore aujourd’hui. En effet, il s’enracine dans tous les arts de la création:

  • dans le roman: les oeuvres de Paasilinna, Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire de Jonas Jonasson, etc
  • dans l’animation: Raiponce de Disney, Le cygne et la princesse de Richard Rich, etc
  • au cinéma: Le petit poucet d’Oliver Dahan, Le labyrinthe de pan de Guillermo del toro, etc
  • dans les jeux vidéo: The Path de Tale of tales, American Mcgee’s Alice de Rogue entertainment
  • dans les séries: Les contes de la crypte

Dans cette chronique, je vais vous présenter une méthode développée par Vladimir Propp dans la Morphologie du conte  en 1928 pour écrire un bon récit.

Si écrire un conte ne vous intéresse pas, je donne dans cet article une méthode pour écrire un roman.

Sur ce, je vous propose de faire un tour du côté de chez Propp.

Les 7 fonctions de Propp pour écrire un conte

écrire un conte méthode Propp
Photo by Paweł Furman on Unsplash

Avant de bâtir un plan et d’écrire un conte, il faut créer un univers. Pour Vladimir Propp, il existe sept fonctions de personnages à remplir pour obtenir un monde cohérent:

  • le héros: il s’agit du protagoniste de l’histoire, celui qui va mener l’action. En général, il possède un coeur pur
  • le méchant: il constitue l’opposé du héros (si le héros est gentil, il sera méchant et inversement), c’est le personnage qu’il faudra défaire pour achever l’histoire
  • le faux héros: c’est un rival du héros. Au début, on pourrait croire qu’il s’agit du héros mais à la fin on se rend compte qu’il est un imposteur ou qu’il ne peut assumer la charge de héros
  • le donateur: à un moment donné de l’histoire, le héros va aider un personnage qui va le remercier en lui donnant un objet, souvent magique, pour l’aider dans sa quête
  • l’auxiliaire: il constitue l’allié du héros. Dans les films, ce sera souvent le sidekick rigolo (Jonathan dans la momie de Stephen Sommers) ou l’intello (Cisco dans la saison 1 de Flash)
  • la princesse et le roi: ils servent à matérialiser physiquement l’équilibre de l’histoire. Le roi représente l’équilibre ancien et la princesse le nouvel équilibre. A la fin de l’histoire, le héros obtiendra la princesse en récompense pour symboliser le nouvel équilibre (note : cette conception de la princesse est aujourd’hui dépassée, il faut surtout retenir l’idée de la récompense et de l’équilibre)
  • le mandateur: il s’agit de la personne qui envoie le héros à l’aventure, celui qui lui soumet la “quête”

Normalement, il n’y a qu’une fonction par personnage. Toutefois, il est possible qu’un personnage cumule plusieurs fonctions.

Par exemple, dans plusieurs histoires, le roi possède deux fonctions: garant de l’équilibre initial + mandateur. De même, l’auxiliaire peut devenir allié + donateur. A vous de faire votre tambouille!

Une fois que ces fonctions sont remplies, vous pouvez passer à l’étape du plan.

ps: les fonctions n’ont pas de sexe, vous pouvez tout à fait avoir une reine qui donne un prince en récompense à la fin. N’hésitez pas à jouer avec les codes.

Le plan de Propp pour écrire un conte

écrire un conte méthode Propp
Photo by Lawrence Green on Unsplash

Vladimir Propp structure son histoire en deux parties.

Acte 1

écrire un conte méthode Propp
Photo by Oscar Keys on Unsplash

L’acte 1 se compose de 4 étapes:

  1. l’exposition: dans monde en équilibre, un événement vient perturber l’équilibre (enlèvement de la princesse, vol d’objets magiques, disparition d’un sceau magique etc)
  2. l’appel de l’aventure: un mandateur demande au héros d’accomplir une quête pour restaurer l’équilibre (Gandalf confie à Frodon la mission de plonger l’anneau dans la montagne du destin dans Le seigneur des anneaux)
  3. le bon samaritain: sur la route, le héros aide une personne en difficulté (le donateur). En échange, cette dernière va lui remettre un objet pour l’aider dans sa quête. Par exemple, le protagoniste donne son pain à une mendiante qui s’avère être une fée qui lui donne une épée magique.
  4. le duel: le héros va rencontrer par hasard le méchant et l’affronter. Le combat se terminera sur une égalité/un statu quo, propulsant le protagoniste dans l’acte 2. Dans Harry Potter à l’école des sorciers, Harry affronte Voldemort dans la forêt interdite et arrive à s’en sortir grâce à un centaure.

Acte 2

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Photo by photo-nic.co.uk nic on Unsplash

L’achèvement de l’étape du duel marque l’entrée dans l’acte 2. Il est composé de 5 étapes:

  1. le nouveau monde: le début de l’acte 2 correspond à un changement de décor. C’est le moment dans les films où le héros découvre une nouvelle terre (skull island dans king kong) ou de nouvelles personnes (chanson de monsieur chandelier dans la Belle et la bête). Il s’agit d’une étape heureuse où tout semble résolu mais c’est un sentiment illusoire, le mal existe toujours.
  2. première épreuve: Alors qu’il fait route vers sa quête, le héros affronte une force de la nature
  3. deuxième épreuve: Toujours en chemin, le protagoniste doit ensuite vaincre les sbires du méchant.
  4. troisième épreuve: le héros découvre l’antre du méchant. Par son intelligence, il parvient à s’infiltrer pour faire face au méchant. Malheureusement, tout va de travers et il semble perdu. Heureusement, son auxiliaire arrive et lui donne l’objet magique qui lui permet de détruire le méchant (Plumseck qui apporte l’épée de Griffondor dans Harry Potter et la Chambre des secrets)
  5. La récompense: le monde retrouve l’équilibre et le héros reçoit en récompense la princesse, le prince, ou un objet qu’il avait désiré. Ainsi, dans le 5e élément de Luc Besson, Corben Dallas couche avec Leloo (les deux personnages sont récompensés).

Voilà, vous savez désormais écrire un conte!

Pour finir, j’aimerais vous donner une petite astuce. Il peut s’avérer intéressant d’inclure un conte dans un récit qui n’est pas un conte. Cela étoffera votre univers. Pour un exemple réussi de cette technique, je vous renvoie au conte des trois frères dans Harry Potter.

Cette chronique s’achève ici. Si elle vous a plu, je vous invite à la commenter et à la partager sur les réseaux sociaux.

Je vous dis à la semaine prochaine pour un nouvel article!

12 réponses à « Comment écrire un conte? »

  1. J’aime cet article . C’est super ! Je vais tenter fondre l’encre de ma plume pour redonner souffle à mes amis (personnages) fantastiques. J’adore les contes !

      1. Merci Joëlle. Content que cet article te plaise, ça me fait très plaisir. J’espère qu’il t’aidera à faire un super conte. Tu as déjà trouvé le sujet 🙂 ?

  2. Bonjour.
    J’ai découvert votre site par hasard en tombant sur cet article. Comme vous, j’ai lu Morphologie du Conte de Vladimir Kropp, que j’ai trouvé absolument génial. J’encourage d’ailleurs vos lecteurs à lire ce petit ouvrage car, en plus d’une analyse détaillée des principales fonctions et des différentes étapes du conte (que vous résumez très bien ici), Kropp répertorie sous forme de schémas dérivatifs tous les contes étudiés, selon le nombre des fonctions que chacun d’eux fait intervenir, leur ordre d’apparition, mais aussi l’ordre dans lequel s’enchaînent les différentes étapes du récit… En faisant cela, Kropp nous fournit une sorte de canevas d’écriture aux possibilités infinies, suivant le nombre de personnages que l’on souhaiterait faire intervenir, et les étapes qu’on lui voudrait faire passer tout au long de l’histoire…

    Bref! Merci pour cet article (et pour ce site)!

    Anthony

    1. Bonjour Anthony et merci pour ton très gentil et détaillé retour. C’est vrai que le livre est très intéressant sur la structure 🙂

  3. L’article date de 2018…
    On y lit pourtant “A la fin de l’histoire, le héros obtiendra la princesse en récompense”.

    “Le héros reçoit la princesse en récompense, ou quelque chose qu’il avait désiré”.
    La princesse ou quelque autre chose passive, qui n’a de fonction dans l’histoire que celle d’être désirable et désirée. Bravo, très beau message.
    Je suis arrivée ici en cherchant à écrire un conte, destiné à des enfants. Je passe évidemment mon chemin.
    Encore + grave l’idée que coucher avec “la princesse” puisse être une récompense pour le héros.

    Je doute que mon commentaire sera publié mais vous invite au moins, Martin, à vous questionner sur ce que cette place réservée aux “princesses”peut générer en termes de croyances et comportements, chez les enfants, pour commencer, mais pas uniquement.

    1. Bonjour Pauline,

      Je crois que vous avez passé votre chemin un peu trop vite, j’avais mis un ps : un peu plus loin, en disant que les fonctions n’avaient pas de sexe, qu’une reine pouvait donner un prince en récompense etc.

      En effet, vous avez raison, cette conception de la princesse ” objet/récompense” est aujourd’hui dépassée (la méthode Propp a été écrite en 1928). Pour autant, cette méthode reste intéressante puisqu’elle a bercé la dramaturgie moderne.

      Pour éviter toute confusion, j’ai modifié l’article pour ajouter en gras une deuxième couche sur le fait que cette conception de la princesse était dépassée.

  4. Bonjour,
    Merci pour cet article. J’ai trouvé l’article assez détaillée.
    J’apprécie la méthode présentée. Je suis à la recherche des règles d’écriture de conte pour transformer les contes qui suivent cette méthode en conte avec uniquement des personnages égaux : sans méchant, ni gentil. Les personnages égaux ayant toutefois chacun un rôle propre qui mène à l’amour et la paix.

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