10 choses à savoir avant d’écrire de la Fantasy


collaborations / vendredi, juillet 13th, 2018

Aujourd’hui, je prends possession, sans vergogne, de la voix de Martin pour vous parler de Fantasy (parce que ça manque gravement, ici…).

Mais, avant de commencer, laissez-moi me présenter. Sur la toile, on m’appelle Zahardonia. Autrice de fantasy, je tiens un blog dédié à ce genre merveilleux (c’est le cas de le dire) pour aider mes confrères et consœurs de plume à s’en sortir avec ce genre complexe.

Sur Monde Fantasy (le blog), je rédige des articles pour aider à la création d’un univers, à l’établissement d’un système de magie, à dessiner les cartes de son monde, à l’enrichissement de son univers en parlant de sujets auxquels on ne pense pas toujours… Je parle aussi de thèmes plus généraux tels que la création de personnages, la préparation de l’intrigue, des trucs et astuces rédactionnels…

Si je suis ici aujourd’hui, c’est pour aider celles et ceux qui aimeraient se mettre à l’écriture d’un roman de Fantasy, mais qui n’osent pas. Parce que, entre le moment où on découvre la Fantasy et celui où se met à écrire, il y a un pas qu’on n’ose pas toujours franchir.

C’est souvent dû à la peur de se perdre dans les méandres profonds de ce vaste genre, mais aussi à certaines idées reçues tenaces qui nous découragent avant même d’avoir commencé.

Je voudrais donc développer ici 10 points afin que vous puissiez aborder l’écriture de la Fantasy de la manière la plus sereine possible.

 

1. La Fantasy

Le premier pas à faire dans ce genre qui peut paraître abscons à certains et certaines, c’est de savoir ce qu’est la Fantasy.

Ainsi, la Fantasy est un genre défini par la création d’un monde alternatif inclus, parallèle ou totalement dissocié du nôtre répondant à ses propres lois semblables ou non aux nôtres dans lequel la présence avérée de la magie est acceptée sans condition par le lecteur, et ce, même si elle est discrète.

 

2. Il n’existe pas qu’une seule Fantasy

La Fantasy est loin d’être un genre uniforme aux frontières bien définies. En effet, ce genre regroupe une multitude de sous-genres plus variés les uns que les autres.

Souvent, lorsque l’on parle de Fantasy, on pense directement à des mondes imaginaires tels que la Terre du Milieu ou l’Alagaësia. En vérité, ces mondes ne sont pas représentatifs de la diversité des récits et univers que l’on peut croiser sous l’étiquette de ce genre dédié à la magie.

Ainsi, dès que l’on plonge en Fantasy, on croise souvent des noms qui paraissent ésotériques pour parler d’un livre, d’une autrice, d’un écrivain.

Pour les néophytes qui tomberaient sur cet article, afin de vous y retrouver voici quelques sous-genres parmi les plus communs :

  • High Fantasy qui se déroule entièrement dans un autre monde (exemple : Le Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien).
  • Low Fantasy dont l’histoire se déroule à cheval entre la Terre et un autre monde (exemple : Les Chroniques de Narnia de C.S. Lewis).
  • Urban Fantasy qui se déroule dans notre monde (exemple : Neverwhere de Neil Gaiman).
  • Bit-lit qui se déroule dans notre monde et qui met en scène des créatures telles que des vampires et des loups-garous (exemple : Rebecca Kean de Cassandra O’Donnell).
  • Epic Fantasy qui raconte l’histoire d’un héros, d’une héroïne ou d’un groupe de héros qui doit sauver le monde (exemple : Le Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien).
  • Dark Fantasy qui se déroule dans une ambiance très sombre, pessimiste, voire cruelle (exemple : Elric de Mickael Moorcock).
  • Heroic Fantasy qui raconte l’histoire d’un héros, d’une héroïne ou d’un groupe de héros (plus rare) qui doit accomplir une quête héroïque qui n’est pas celle de sauver le monde (exemple : Eragon de Christopher Paolini).

Bien sûr, il en existe pléthore d’autres que je vous laisse le soin de découvrir.

Tout ça pour vous dire que vous ne devez pas vous cantonner à la High Fantasy, par exemple, la partie émergée de l’iceberg. Vous avez le droit de prendre toutes les libertés que vous voulez sans pour autant sortir des limites de la Fantasy.

 

3. Lisez de la Fantasy

Lire reste le meilleur moyen d’apprendre les règles classiques du genre pour ensuite les briser. J’ai croisé beaucoup de jeunes auteurs et autrices persuadés de tenir l’idée du siècle alors que, en réalité, elle avait déjà été traitée des dizaines de fois dans différents univers.

Lire permet également de comprendre les codes du genre (ou du sous-genre), ce qui vous permettra de savoir ce qui est connu, reconnu et même balisé et ce qui, au contraire, est méconnu, voire détesté. Cela vous apprendra à choisir votre sous-genre de prédilection, mais aussi le public pour lequel vous souhaitez écrire.

 

4. Ne vous cassez pas la tête avec les sous-genres

Lorsque vous vous mettrez à préparer votre récit, ne vous prenez pas à la tête à essayer de définir dès le début le sous-genre de votre histoire. À moins que vous n’ayez décidé bien avant d’écrire dans un sous-genre précis, il se peut que votre récit évolue tellement qu’il changera plusieurs fois de catégorie.

Le mieux est de vous pencher sur la question une fois le point final posé.

 

5. Pas besoin d’être Tolkien pour écrire de la Fantasy

Certains et certaines se découragent avant même de commencer parce qu’ils et elles se disent qu’ils et elles ne feront jamais aussi bien que Tolkien. Mais ce que ces écrivains et écrivaines semblent oublier, c’est que l’écriture n’est pas une compétition. Il n’est pas question ici de chercher à faire mieux que tel ou tel autre.

Certes, Tolkien est le maître incontesté du worldbuilding (création d’univers), mais ce n’est pas pour autant qu’on doit absolument marcher dans ses traces et tenter de le dépasser dès que l’on souhaite créer un monde.

L’ampleur de cette tâche qu’est la construction d’un monde ne dépend que de ce que vous voudrez créer et montrer aux lecteurs et aux lectrices. C’est à vous et à personne d’autre de décider jusqu’où vous voudrez pousser votre worldbuilding.

 

6. La Fantasy ne se résume pas à des sagas

La Fantasy est aussi très connue pour ses sagas qui n’en finissent pas. On pense à L’Assassin royal qui compte 19 tomes en français et trois trilogies (9 tomes) en anglais ou encore à la série jeunesse de L’Épouvanteur qui en compte 13 à laquelle s’ajoute une suite qui est prévue pour être une trilogie.

Pourtant, la Fantasy ce n’est pas que ça. Il y a aussi des histoires qui tiennent en un seul volume, des nouvelles, des recueils de nouvelles et des novellas. Si vous avez une histoire de Fantasy qui tient en un tome, qu’elle a un début, un milieu et une fin, et bien ne vous interdisez pas de l’écrire juste sous prétexte que ce ne sera pas une tri-/quadri-/décalogie.

En plus, bonne nouvelle : en ce moment les éditeurs préfèrent les oneshots !

 

7. Préparez-vous

Dans tous les sens du terme.

La Fantasy a beau être un genre qui laisse libre cours à l’imagination très fertile de ses auteurs et de ses autrices, il n’en est pas moins qu’on ne se lance pas dans une telle aventure sans un minimum de préparation. C’est d’ailleurs la base de tout roman, quel qu’en soit le genre.

Que vous soyez architecte ou jardinier (pour reprendre les termes de Georges Martin), un travail pré-écriture est indispensable, et ce, que vous créiez un monde ou pas.

Écrire une histoire dans un monde totalement inventé sans l’avoir bâti avant, c’est comme partir en randonnée sans carte ni boussole en se disant qu’on achètera le tout au retour. Vous conviendrez que c’est une idée saugrenue.

Dans le cas où vous bâtiriez un univers, la construction de celui-ci doit obligatoirement s’effectuer avant la phase de rédaction. Si vous ne le faites pas, vous risquez de vous perdre dans votre propre monde et d’abandonner votre projet.

Établissez également des fiches des personnages et des plans de votre histoire afin de toujours savoir qui est qui et ce qu’il ou elle doit faire.

De plus, une bonne préparation permet d’éviter la page blanche.

8. Osez oser

Quand on sait que fantasy vient du français « fantaisie » dont le sens originel est « imagination », on se dit que le genre éponyme porte très bien son nom.

La Fantasy est effectivement un genre qui ne connaît aucune limite. Alors, ne vous limitez pas. Si vous avez envie d’écrire une histoire en dehors des sentiers battus, faites-le. Osez l’écrire.

Osez mélanger les genres, les époques, les intrigues… En Fantasy, on a tous les droits, sauf celui de se mettre des barrières.

Je trouve qu’il y a une citation américaine qui correspond parfaitement à la définition des frontières de la Fantasy : « The sky is the limit. » (Le ciel est la limite).

 

9. Laissez tomber les prophéties

Sérieusement.

Les prophéties c’est du vu, du re-vu et du re-re-vu. C’est devenu une convention puérile au sein d’un genre qui a mûri et dépassé ce lieu trop commun.

Écrire une prophétie, c’est faire le choix de la facilité. Les prophéties permettent de faire intervenir une forme de deus ex machina qui impose une vérité absolue et inébranlable.

Elle exempte l’auteur ou l’autrice de toute nécessité d’explication quant à la place du héros ou de l’héroïne dans le roman. C’est l’Élu-e, un point c’est tout. Ce n’est pas un personnage qui a une étoffe héroïque, un rôle particulier dans la société (9 fois sur 10, c’est un fermier orphelin).

Le personnage de l’Élu est un personnage fade qui n’aurait jamais accompli quoi que ce soit de grandiose si un magicien n’était pas venu le sortir de sa campagne profonde pour lui asséner, à coup de discours grandiloquents, qu’il est le seul à pouvoir sauver le monde.

La seule raison pour laquelle vous pourriez utiliser des prophéties dans votre roman, c’est pour les détourner, en faire autre chose.

Vous pouvez les transformer en quelque chose de subversif, d’humoristique, d’inutile ou les traiter à la manière des tragédies grecques (vous savez quand on prédit une mort atroce à un personnage, qu’il passe sa vie à tout faire pour éviter que cela n’arrive et que, finalement, la prophétie se réalise tout de même).

 

10. Écrivez ce qui vous plaît

Parce que, après tout, le principal c’est de se faire plaisir, non ? 😉

Voilà, j’espère que grâce à cet article vous aborderez désormais l’écriture de la Fantasy de manière un peu plus sereine.

N’hésitez pas à poser vos questions et/ou à nous faire part de vos remarques dans les commentaires !

Un tout grand merci à Martin de m’avoir invité !

 

C’était Zahardonia de Monde Fantasy, à vous les studios !

P.S. : Si votre blogueur préféré vous manque, vous pouvez le retrouver sur mon blog avec un article à propos de l’ironie dramatique.

Image mise en avant: Photo de Anthony Tran sur Unsplash

3 réponses à « 10 choses à savoir avant d’écrire de la Fantasy »

  1. Pour les prophéties, je ne suis pas totalement d’accord.
    Beaucoup de grands noms de la fantasy (Pierre Bottero, par exemple) ont utilisé ce procéder sans que cela ne desserve leurs récits.
    Certes, oui, il y a des clichés à éviter, des profils de héros à fuir comme la peste tellement ils ont été développés de mille et une manière, mais ceux-là ne sont pas parvenus à réellement percer, ou du moins, je ne suis jamais tombée dessus.
    Je trouve ton avis beaucoup trop personnel pour être réellement pertinent sur ce point-là.
    Sinon, tout le reste est plutôt sympa, de nouveaux auteurs de ce genre naîtront peut-être après avoir lu tout ça 😉

    1. Hello !

      C’est ce que je dis dans l’article : utiliser des prophéties c’est bien tant que c’est fait intelligemment 😉

      Je n’ai pas lu Bottero, mais d’après les échos que j’en ai eu, ses personnages sont assez clichés au même titre que le déroulé de son histoire, comme une héroïne qui développe des pouvoirs extraordinaires à une vitesse ahurissante juste parce qu’elle est l’Élue. Mais, je le répète, je ne l’ai pas lu.
      Quant à un grand nom qui a percé et qui, pourtant, suit le schéma type d’un récit cliché à prophétie, c’est « L’Héritage » de Christopher Paolini (Pourtant, ce que j’aime cette saga !)
      Je n’ai pas d’autres grands noms à te donner là, tout de suite, parce qu’en général, quand je lis « prophétie » dans un résumé, je repose le bouquin illico.

      Ensuite, Martin a raison : il y a une prophétie dans Harry Potter. Toutefois, J.K. Rowling l’utilise de manière suffisamment intelligente pour ne pas tomber dans les clichés. Cette prophétie est traitée à la manière des prophéties grecques : parce que le personnage qui en a eu connaissance veut l’éviter, elle se réalise pour son plus grand malheur. De plus, le cheminement de Harry n’a rien de celui d’un Élu classique : ses pouvoirs ne sont pas surpuissants juste parce qu’il est l’Élu (il est juste doué en magie au même titre qu’Hermione) et ses « capacités spéciales » ont toutes une explication logique suivant les lois de l’univers de Rowling. Ses spécialités ne sont pas « prophétiques », elles sont la simple conséquence de faits passés.

      La plupart des traitements des prophéties que j’ai vus en Fantasy correspondent au cliché du « On énonce la prophétie (très souvent on en parle dès le début de l’histoire, voire directement dans le prologue), on trouve l’Élu, on l’éduque et il vainc le Méchant ».
      D’ailleurs, dans ces récits, les prophéties ne peuvent pas les desservir puisqu’il s’agit du coeur-même de l’histoire.

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