comment créer un méchant inoubliable? Le secret des bons antagonistes


écriture / mercredi, juillet 25th, 2018

Imaginez un instant que vous perciez le secret pour créer un méchant inoubliable. Imaginez la tête de vos lecteurs quand ils tomberont sur votre chef d’oeuvre.

Le bouche à oreille. Les ventes décollent. La fierté de vos proches…

Et si écrire un bon méchant était la clé de votre futur empire littéraire?

Patience. Vous êtes à quelques pas d’écrire un antagoniste qui restera dans les mémoires.

La première étape de votre chemin consiste à savoir ce qu’est un méchant:

  • le mot « méchant » renvoie » aux êtres maléfiques, à ceux qui aiment faire le mal.
  • en dramaturgie, on préfère plutôt le terme « antagoniste » qui est moins manichéen.
  • Le mot antagoniste désigne l’opposant du héros. La grande différence avec le méchant, c’est qu’il n’est pas nécessairement maléfique.

Vous l’aurez peut être deviné mais ce qui nous intéresse c’est l’antagoniste. Et oui on est plus dans les années 50! Le méchant qui est méchant parce qu’il est maléfique ça n’intéresse même plus dans les maisons de retraite!

Pour éviter les répétitions, j’utiliserai le terme « méchant » comme synonyme d’antagoniste. Cependant, n’oubliez jamais que quand j’écris « méchant », je veux dire « opposant du héros ».

Si vous avez compris, ramassez vos dentiers et faites chauffer les déambulateurs! Le Poudlard Express pour le monde des méchants va entrer en gare!

 

Le visage caché de l’antagoniste

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Photo de Tom Roberts sur Unsplash

N’avais jamais vous eu ce sentiment que le méchant était parfois le personnage le plus intéressant d’une histoire?

Si oui, alors vous avez commencé à toucher du doigt comment créer un méchant formidable.

L’antagoniste est plus qu’un simple personnage. Il représente la faille du héros.

Concrètement, écrire un bon méchant, c’est:

  • définir un thème pour votre histoire
  • diviser votre thème en deux avec: ► la vision du héros ► la vision du méchant

Si l’antagoniste est intéressant, c’est parce qu’il symbolise le combat interne du héros.

Au long de votre histoire, votre héros va hésiter entre deux chemins: le sien ou celui de votre antagoniste.

En général, le chemin du méchant est la voie que vous, en tant qu’auteur, vous estimez la plus mauvaise. A l’inverse, le chemin choisi par le protagoniste est la thèse que vous défendez.

C’est d’ailleurs pour cette raison que les antagonistes font de très bons mentors!

Ils guident le protagoniste selon leur vision, les conduisant généralement vers un mauvais chemin (ex: Palpatine, Jaha, la hache Snaga etc.).

Vous comprenez le secret derrière les plus grands méchants maintenant?

Il s’agit du débat d’idées.

Un bon méchant, c’est avant tout la confrontation entre deux thèses opposées: celle du héros et celle du méchant.

Par exemple: si vous voulez parler du pacifisme, faites en sorte que votre héros devienne pacifiste et se confronte à un méchant voulant apporter la paix…par la guerre.

Le méchant représentant une thèse, il est alors logique de se demander si l’antagoniste évolue au cours de l’histoire à l’instar du héros.

Et si vous preniez les paris pour savoir ce qu’il en est?

 

Doit-on créer un méchant en évolution?

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Photo de Scott Rodgerson sur Unsplash

Je vous préviens vous allez être surpris.

La réponse est négative. Dans la plupart des histoires le méchant est allé au bout de son chemin transformationnel au début de l’histoire. C’est d’ailleurs pour ça qu’il est plus fort que le héros. Ses convictions sont faites, il n’hésite plus.

Toutefois, il peut lui arriver de vaciller lors de la confrontation finale avec le héros. Contaminé par la détermination nouvelle du protagoniste, le méchant peut être amené à douter, à percevoir qu’il a fait le mauvais choix.

Cette prise de conscience va l’affaiblir et là…

Coup de déambulateur dans les tibias, double mawashi geri dans les testicules et fini le génie du mal!

Par contre, certains méchants hésitent beaucoup. C’est d’ailleurs souvent le cas des méchants des séries qui deviennent tour à tour protagoniste et antagoniste (Jaha et Kane dans the 100, Jaime dans Game of Thrones etc).

Pour savoir si vous devez faire évoluer votre personnage, regardez votre histoire et demandez-vous si ça apporte quelque chose dans le traitement de votre thème?

Quoique vous fassiez assurez-vous de ne pas écrire un cliché!

 

Comment éviter le méchant cliché?

C’est la question à un million de dollars!

La réponse ne vous surprendra pas. Il faut lire beaucoup et regarder beaucoup de films.

Ensuite, quand vous écrivez un livre, essayez de lister des romans qui sont dans la même thématique que la votre, analysez leurs méchants et à partir de cette base tentez de proposer quelque chose d’originale en vous posant ces 3 questions:

  • Quel angle d’attaque a été peu ou pas traité?
  • Si je mélange tel méchant avec tel autre, cela pourrait-il être intéressant?
  • Qu’est-ce que je peux proposer de nouveau?

En bref, exploitez les archétypes comme base de travail et fabriquez un méchant qui restera dans les annales.

 

Créer un méchant qui vous survivra

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Photo de Ian Espinosa sur Unsplash

Dracula, Voldemort, Dorian Gray, le Joker, Dark Vador, Thanos…. qu’est-ce qui a fait de ces méchants des icônes de la fiction?

Leur humanité.

Un méchant n’est pas méchant pour rien. Il a un objectif, des raisons.

Plus ses raisons porteront sur des débats difficiles à trancher, plus cela amènera le lecteur à s’y intéresser.Il se bouffera littéralement les phalanges pour connaître l’issue de votre histoire.

Prenons l’exemple du méchant Thanos du film Avengers: Infinity War. Pourquoi s’agit-il d’un adversaire si captivant?

Parce que son but est noble. Il veut préserver les ressources naturelles et rétablir l’équilibre dans l’univers. Le seul hic, c’est que sa solution nécessite de zigouiller la moitié de votre maisonnée.

De fait, les motivations de Thanos pose une question au spectateur. Vaut-il mieux sacrifier une partie de la population pour sauver la population entière?

Cette simple question témoigne de l’implication dans le récit du spectateur et c’est ce que nous recherchons en tant qu’écrivain. Que le lecteur se sente concerné par l’histoire.

A ce titre, les méchants les plus intéressants sont souvent ceux qui cherchent à protéger ou à fuir quelque chose parce que cela les rends plus humains. Cela montre qu’ils ont des faiblesses, des choses à protéger.

Pour cela, ils choisissent consciemment une voie qui les mèneront en opposition avec le héros. Si ce choix leur semble conscient, nous allons voir qu’il est souvent influencé par l’inconscient.

 

Ecrire un bon méchant grâce à l’inconscient

Pour créer un méchant mémorable, il faut comprendre que sa psychologie se joue à trois niveaux:

  • le conscient: ses objectifs/ ses motivations
  • l’inconscient: ses motivations et ses manières d’agir sont influencées par son milieu, sa culture, ses traumatismes et son expérience de vie
  • le nié/le refoulé: le méchant pourra être conscient de ses défauts mais ne les assumera pas. Dans ce cas, il se persuadera que son défaut est une qualité (ex: s’il est avare, il se trouvera économe. S’il est cruel, il estimera être un justicier etc)

Pour écrire un méchant inoubliable il faut travailler sur ces trois niveaux. Dans l’idéal, essayez de faire entrer en conflit plusieurs de ces catégories. Cela créera du conflit et le conflit, c’est la came des écrivains!

Souvenez-vous en!

Sans transition, nous allons voir quelque chose d’hyper important dans la partie suivante.

 

Le méchant est-il traumatisé par son passé?

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Photo de Leonardo Yip sur Unsplash

Le passé est un super outil pour créer un méchant qui déchire!

Rien de tel qu’une bonne histoire bien traumatisante pour donner de la profondeur à un antagoniste et permettre de justifier son comportement.

Pour autant, est-ce que cela veut dire que pour créer un bon méchant il faut qu’il soit traumatisé par son passé?

Non. Le passé de l’antagoniste peut être très heureux, sa vie présente aussi, …et c’est d’ailleurs pour cette raison qu’il sera prêt à tout pour la protéger.

Toutefois, gardez en tête que glisser quelques problèmes dans le passé du méchant peut vous aider à expliquer le basculement vers « le mal » de l’antagoniste. Sans être aussi manichéen, cela permet de comprendre le point de vue du méchant.

Ce point de vue qu’il défendra avec une motivation explosive!

 

Une motivation en béton armé

Créer un méchant badass, c’est avant tout écrire un méchant qui en veut!

Pour bien piger le truc, visualisez un pitbull qui entre dans un McDo. Vous voyez la scène? Maintenant, imaginez le pauvre type qui va essayer de se mettre en travers de son Big Mac…

Et bien le méchant, c’est pareil!

Il sera prêt à tout pour accomplir ses desseins, y compris des sacrifices.

Ce dernier élément est d’ailleurs un outil puissant de caractérisation. Cela permet de montrer que votre méchant n’agit pas de façon maléfique de gaîté de coeur. Il le fait parce qu’il ne voit pas d’autres solutions.

Pour reprendre l’exemple de Thanos, à un moment donné de l’histoire, il va sacrifier un de ses proches et lui demander « pardon ». A votre avis qu’est-ce-que cela fait de voir un méchant pleurer un être cher?

Plutôt troublant, non?

Le sacrifice rappelle l’antagoniste à son humanité. Il ne vient pas de nulle part. Il a une famille, des amis, etc. C’est ce rapport que nous allons maintenant étudier.

 

Le méchant, cet animal social

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Photo de Tom Pottiger sur Unsplash

Dans la partie précédente, on a vu que le sacrifice d’un proche pouvait augmenter l’attachement du lecteur au méchant, ce qui m’amène à une remarque très importante.

Le méchant a plusieurs casquettes.

Il se comportera différemment en fonction des personnes. Et oui! Dans la vrai vie, nous faisons pareil. Nous ne nous adressons pas pareil à nos enfants qu’à notre patron ou à nos employés.

Le méchant est un humain comme les autres. Il fait ses courses, le ménage, il a des problèmes familiaux et il peut même lui arriver de siffler un verre de trop.

Un grand classique est de créer du contraste entre ces différentes casquettes. Par exemple, si votre antagoniste est quelqu’un d’autoritaire dans sa vie extérieur, en famille il se montre un père attentionné qui ne peut rien refuser à sa fille.

 

Conclusion

Je pense que vous devez être un peu perdu après toutes ces infos. Comme l’article est assez dense, je vous ai fait un petit récap’ de ce qu’il faut pour créer un méchant intéressant:

  1. un thème
  2. évoluer votre méchant uniquement si votre thème le justifie (en principe, il n’évolue pas ou juste à la fin )
  3. faire des recherches
  4. créer un méchant avec des objectifs
  5. jouer sur l’inconscient
  6. exploiter le passé du personnage
  7. le méchant doit être motivé (s’il n’est pas actif, on se fait chier)
  8. il doit avoir plusieurs visages

Notez qu’on pourrait trouver encore plein d’éléments qui pourraient influer sur la création d’un méchant. Mais l’article ferait 1km donc je préfère m’arrêter là!

D’ailleurs, j’insiste sur le fait qu’il existe PLEIN de méthodes pour créer un bon méchant. Elles sont généralement toutes valables. D’ailleurs, si vous avez des infos complémentaires/une méthode différente, n’hésitez pas à les mettre dans les commentaires. Cela donnera un coup de main à tout le monde!

A bientôt!

 

Image mise en avant: Photo de Raj Eiamworakul sur  Unsplash

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

13 réponses à « comment créer un méchant inoubliable? Le secret des bons antagonistes »

  1. Merci pour cet article, il est effectivement assez dense mais plein d’idées intéressantes et je vais le mettre de côté pour le relire à tête reposée.
    Une question : que penses-tu des antagonistes qui ne sont pas des personnages, mais par exemple des phénomènes naturels ? (ex : le héros doit survivre à une canicule, ou à une traversée du pôle Nord sans pull, ou autre). Comment rendre intéressante la relation du héros à l’antagoniste dans ces cas-là ?

    1. Très bonne question Astrid! Alors pour moi, tu as deux solutions (+1 spéciale):
      -soit tu humanises le phénomène (tu lui donnes un but, etc)
      -soit ton vrai antagoniste sera en fait un individu ou un groupe d’individus et pas la tempête (ce que fait walking dead, alien, etc)
      -après, il y a une solution qui rejoint plus ou moins la deuxième, tu tentes une sorte de métaphore sur la nature humaine (mais souvent ça va revenir à présenter plusieurs individus qui sont des déclinaisons du problème à résoudre)

      Bref, pour moi, un phénomène naturel fait un très mauvais antagoniste sauf si tu te débrouilles pour développer un autre antagoniste (le vrai).

        1. Je t’en prie! Après si tu trouves une autre solution, je suis curieux de la lire…parce que c’est pas facile les antagonistes catastrophes naturels :s

          1. Je ne l’ai pas lu, il faudrait que j’y jette un coup d’oeil. Je serai ravi de découvrir une nouvelle méthode de création d’antagonistes naturels 🙂

  2. Bon article, et point N°1 capital.
    Autre piste utile à garder en tête : la plupart des méchants mémorables ont un lien très fort et particulier avec le héros. Si l’on compare des histoires où le méchant fonctionne et celles où il semble terne, la différence se situe souvent là. Plus l’antagoniste est lié au héros de façon émotionnelle, mieux ils se connaissent, et plus ça marche. Les possibilités sont nombreuses : liés par un passé commun, liens familiaux, anciens amis ou rivaux, anciens coéquipiers / mentors / élèves, membre d’une même caste ou d’un même groupe, etc. Si héros et adversaire n’ont jamais entendu parler l’un de l’autre avant le début de l’histoire, il est plus difficile de faire en sorte que leur conflit importe.
    M’enfin, ce n’est que mon avis…
    🙂

    1. Oui tu as complètement raison! C’est quelque chose qui revient souvent dans la relation méchant-gentil. Même si à mon avis, le simple fait d’avoir le même objectif en contradiction suffit.

      Toutefois, tu as raison c’est un procédé qui peut améliorer l’attachement du lecteur aux personnages. Merci ton commentaire très intéressant 🙂

  3. Il ne faut pas confondre « décor » et « personnages ». Les phénomènes naturels sont des obstacles à vaincre ou auxquels résister, mais ils ne sont pas des antagonistes. Oui, je sais, cela y ressemble dans plusieurs histoires car ils semblent être l’obstacle principal (cas des films catastrophe, par exemple, ou de La horde du Contrevent que tu as cité), mais ce n’est pas le cas. Dans chacune de ces histoires il y a d’autres adversaires, qui eux sont bel et bien des personnes.
    Tu peux avoir des antagonistes qui ne sont pas des personnes, mais un antagoniste doit avoir une caractéristique principale : il doit avoir un objectif et une volonté (donc une conscience). Chez Tolkien, L’anneau unique est un antagoniste (il a un objectif et dispose de moyens d’agir). Une tempête naturelle n’en a pas. Un phénomène surnaturel (comme la brume dans la série de romans de Brandon Sanderson) peut en faire office.
    Après, ce qui est vrai, c’est que toutes les histoires n’ont pas besoin d’un antagoniste. Tu peux très bien écrire une histoire où les personnages affrontent des périls et obstacles naturels, sans « méchants » à vaincre. Mais alors les phénomènes naturels doivent être conçus comme des obstacles, et non des antagonistes (pour leur conception, du coup, ce n’est pas la même chose).

    1. Très bonne remarque. J’aurais aussi tendance à voir les catastrophes naturels comme des « obstacles » et non un antagoniste. Toutefois, si je ne me trompe pas Snyder dans Save The Cat aurait tendance à considérer que l’antagoniste catastrophe naturel est possible. L’idée étant qu’en l’absence d’antagoniste clair, la catastrophe devient un catalyseur et un opposant du changement interne du héros (bon après je fais de l’interprétation, c’est pas exactement marqué cela dans le livre ;))

      Mais je me dis pourquoi pas essayer de faire quelque chose et créer un vrai antagoniste naturel.

      ps: merci pour la référence à Sanderson, j’adore ses bouquins!

  4. Seconde fois que je relis ton article,tant de choses à explorer, merci pour toutes ces pistes !
    Bon dommage que je ne connaisse ni The 100 ni Games of Throne parce que ton histoire de méchant qui hésite m’intéressait… du coup tu aurais un autre exemple de méchant qui devient protagoniste/antagoniste ?
    Sinon dans ton paragraphe sur l’animal social, ça m’a tout de suite fait pensé au Gouverneur avec sa fille dans le comics The Walking Dead (pas vu la série donc je ne sais pas s’ils ont gardé certains détails)

    1. Merci! Content que tu trouves l’article si utile, j’en suis honoré 🙂

      Comme autre exemple, je vois:
      -Mary Sibley dans la série Salem dont le coeur balance entre sa mission et son amour
      -Rumplestilkins dans once upon a time, qui devient régulièrement co-protagoniste et antagoniste (+ c’est un archétype de changeforme)
      -et c’est tout ce qui me vient à l’esprit pour le moment mais il y en a tellement…

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